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Le Festival à Tours
4 questions à Frank
Photos du Festin
Photos Mesdames
Article Opérette Mag
Critique Opéra Mag

Extrait du programme : 4 questions posées au metteur en scène Frank T’Hézan

1) Vous êtes un "spécialiste" d'Offenbach. Qu'est-ce qui vous lie si profondément à son œuvre ?

"Qui aime joyeusement la comédie, le chant et la musique, aime l’œuvre d’Offenbach. La composition musicale est à chaque fois d’une efficacité surprenante et elle restitue prodigieusement la  justesse des situations et des émotions traitées. Le « Mozart des Champs-Élysées » s’est entouré d’excellents librettistes, dignes de son génie. L’œuvre monumentale qu’ils nous ont laissé est une « Comédie Humaine » opératique. In fine, les thèmes choisis semblent n’être que des toiles de fonds, des décors ; le sujet véritablement traité étant à chaque fois, les facettes du genre humain. C’est une constante que l’on retrouve dans tous les ouvrages, et qui donne à l’œuvre d’Offenbach sa dimension théâtrale et son caractère intemporel.

Le comédien-chanteur ou chanteur-comédien - en un mot : l’interprète - trouve chez Offenbach une double matière à façonner : le chant et la comédie. Le travail sur l’interprétation, sur la construction du personnage y est nécessaire. C’est la clé, qui ouvre la porte du bonheur sur scène. Et Offenbach, ce n’est que du bonheur.

2) Ce "festin imprévu" s'apparenterait à un "pasticcio gastronomique". On est dans l'opéra-bouffe au premier degré ? Mangera-t-on sur scène tout en chantant ?

Tout comme son nom l’indique, ce Festin est imprévu ;  plateaux de fruits de mer, champagne et autres foies gras manqueront donc cruellement sur scène. En première partie de « Mesdames de la Halle », nous trouverons ici huit personnages aux caractères bien trempés, confrontés à une même situation :
« Des convives se croient prévus pour passer le réveillon de la Saint Sylvestre chez leurs hôtes. Mais, leurs hôtes ne les ont pas prévus». On imagine l’horreur de la situation… surtout pour les hôtes ! Cette petite pièce -façon vaudeville- d’une quarantaine de minutes enchaîne sur un rythme soutenu une douzaine d’airs extraits de différents ouvrages d’Offenbach. Nos amis qui ignorent que ce n’est pas en parlant de cuisine que l’on calme son appétit, vont entonner des chants… « gastronomiques ! ». D’où se vérifie l’adage : « L’appétit vient en chantant !».

3°) Parlez-nous de votre mise en scène et des contraintes rencontrées ?

En ce qui concerne, la mise en scène de « Mesdames de la Halle » nous reprendront celle que j’avais faîte aux Châteaux de  Bruniquel en 2006. Seul l’espace scénique sera nouveau. Il faudra concentrer celui des  Châteaux de Bruniquel dans un cadre théâtral traditionnel moins étendu.  Cela sera un avantage qui permettra d’avoir un rendu encore plus vivant dans les scènes de foule. Nous conserverons le souci de réalisme en ce qui concerne l’ambiance sur le marché, si bien restituée par la musique d’Offenbach. Les effets et gags nombreux de la création bruniquelaise seront conservés. Les costumes de Pierre-Jean Larroque associés à un décor complété par les ateliers du Théâtre donneront des tableaux remplis de couleurs chaudes et ensoleillées. L’essentiel du travail sur place, se fera avec les interprètes. Nous devrons accorder leurs rôles dans les différentes situations, avec la préoccupation de présenter des personnages à la fois drôles et vrais.

Le Festin Imprévu est une création. Plus intimiste, la préparation demandera aux interprètes un travail détaillé et précis sur les intentions de leurs personnages.


4°) A l'Opéra, tout est écrasant, majestueux, tragique, au point que le rire y arrive un peu comme un chien dans un jeu de quille.  On le tolère pour Noël... Drôle de sentiment qui m'anime. Une pièce qui organise sa mécanique est forcément... une opérette. Vous, ça ne vous agace pas...

Contrairement à ce que d’aucuns voudraient nous faire croire, le rire est le premier signe d’intelligence. Rions-donc ! Il semble pourtant qu’il soit indécent, dans nos sociétés, de laisser apparaître ses émotions vraies. C’est bien là que se trouverait alors, le signe d’un manque d’intelligence.
De quoi a-t-on peur ? De son voisin de strapontin ? Je crois justement que le lyrique dit « léger » par son caractère burlesque a un rôle pédagogique très important à jouer. L’Art lyrique est souvent vu par le public profane comme un genre hermétique, réservé à une élite ou a des connaisseurs. Cela peut-être vrai dans certains cas. Je pense cependant que l’opéra dans tous ses genres peut et doit conquérir un plus vaste public. Cette image que le public populaire a de l’opéra doit changer.


Le jeune public ou le public novice trouve dans l’opérette, une approche privilégiée vers le genre dit « classique » du théâtre et de la musique. Une opérette réunit tant de composants artistiques (comédie, chants, musique, danses, gags, effets, décors, costumes, éclairages…),  que le spectateur novice a de grandes chances de trouver un point d’attache. Il portera, selon sa sensibilité un intérêt particulier à l’histoire, ou bien aux voix, ou aux résonances de l’orchestre ou au caractère amusant des situations…

C’est un phénomène que nous avons pu constater au Festival des Châteaux de Bruniquel. Le public est en grande majorité un public non averti et les spectateurs reviennent chaque année entraînant avec eux d’autres novices. Nous sommes heureux d’apprendre, une année sur l’autre qu’ils sont allés voir pendant l’hiver des productions plus « opératiques » au Théâtre du Capitole, tout proche. Le mot « Opéra » ne les rebutent plus. On peut rire à l’Opéra ! Commencez par là et vous y retournerez bientôt avec tout autant de plaisir, et pour y pleurer.

En ce qui concerne le sens péjoratif que l’on attribue parfois à l’opérette, je le déplore bien évidemment. C’est un genre à part entière, qui mérite d’être défendu. Le mot « opérette » a été terriblement galvaudé et son suffixe diminutif « ette » est devenu tellement gênant que l’on en vient à préférer le mot « Opéra Bouffe » ou « Opéra Bouffon » pour désigner un ouvrage. Et pourtant, non !  L’opérette, ce n’est pas de l’opéra vinaigrette, mais un tout autre menu ! F. T.