|
"
Orphée
aux Enfers "
d'Offenbach
Chez Offenbach, le musicien Orphée est devenu un
piètre professeur de violon, directeur de l’Orphéon de Thèbes.
Le premier tableau se déroule dans la
campagne de Thèbes où paraît l’Opinion publique, personnage
allégorique, que les librettistes Crémieux et Halévy, se souvenant de
l’Orphée de Gluck (1762), ont magistralement substitué à l’Amour. Eurydice, épouse d’Orphée, lui préfère le joli berger
Aristée, et se bouche les oreilles lorsque son époux lui joue au violon
son dernier concerto. Mais le berger Aristée n’est autre que Pluton, roi
des enfers, déguisé, qui enlève la jeune femme, au grand plaisir
d’Orphée qui s’en trouve enfin débarrassé. Cependant, l’Opinion publique, l’oblige à aller
redemander sa femme à Jupiter, le dieu des dieux, « pour
l’édification de la postérité ».
Le deuxième tableau transporte le
spectateur dans les nuages de l’Olympe où les dieux s’ennuient ferme
sous la molle autorité de Jupiter qui ne songe qu’à sauver les
apparences. Jupiter est mis en cause par Mercure, Diane et
Cupidon au sujet de sa vie privée. Junon, son épouse, lui fait une scène de ménage.
Arrive Pluton, à qui Jupiter reproche ses frasques. Pour
cacher ses propres fredaines à sa femme, le Dieu Jupiter décide de mener
enquête et d’effectuer un contrôle sévère dans les enfers.
Le même prosaïsme règne dans les cieux que sur la
terre, et l’arrivée de Pluton menace de provoquer une révolte lorsque
Orphée et l'opinion publique annoncés par Mercure viennent réclamer
justice. Or les dieux, fatigués de leur vie monotone dans
l’Olympe, contraignent le maître des lieux (« Jupin » comme ils
le nomment irrévérencieusement) à les emmener avec lui, pour s’offrir un
peu de distractions.
Le troisième tableau, avec lequel
débute le deuxième acte, a pour cadre le boudoir de Pluton où le « domestyx »
John Styx courtise vainement Eurydice.
Toutefois, ce dernier doit obéir aux ordres de son
maître Pluton, et veille à préserver la belle prisonnière de la
convoitise de Jupiter. Cependant, Jupiter aura dans un premier temps
l'opportunité de lui laisser une carte cornée, marquée « Ernest,
baron de Jupiter » Puis, comprenant qu'il ne pourra l'approcher sans
user de ses pouvoirs, Jupiter, se transforme en mouche et parvient à la
rejoindre, puis à la séduire.
Mais le couple adultère ne pourra pas fuir lors du
quatrième tableau où tous les dieux sont regroupés pour se
livrer à la bacchanale et au galop infernal alors que la rivière Styx en
feu coule derrière eux. En effet, Orphée arrive en barque : il revient
chercher sa femme ! Orphée peut enfin emmener Eurydice, et veille à ne
jamais se retourner sur le chemin du retour.
Jupiter, voyant la belle Eurydice lui échapper lance
le mot d’ordre « Hexamètre et maintien ! » puis envoie dans les pieds
d’Orphée un vigoureux coup de pied électrique. Orphée virevolte, trébuche et selon la règle, perd
Eurydice à jamais.
Jupiter pour la retenir dans les cieux, choisit d’en
faire une bacchante – une cocotte, dit-on en 1858. Eurydice est offerte
à Bacchus pour la joie de tous ses prétendants.
Les dieux déchaînent un fantastique galop infernal et
final.
Pluton a beau en appeler à la mythologie, «
Papa Jupin» lui rétorque sans façon : «eh bien, on la refera, la
mythologie». |