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Excellente charge des mélodrames très populaires de l’époque, l’intrigue
compliquée de Mesdames de la Halle
défie généralement toute tentative de la résumer. Cependant… Mesdames de la Halle a
pour cadre le marché des Innocents sous Louis XV,
avec ses éventaires, ses étals et la célèbre fontaine.
L’action met en scène trois marchandes
de légumes,
Melle
Poiretapée,
Mme Madou
et
Mme Beurrefondu,
toutes trois jouées en travesti. Elles sont courtisées par
Raflafla,
tambour-major aux gardes-françaises qui épouserait volontiers l’une
d’entre elles rien que pour son argent. Tandis que le jeune gargotier
Croûte-au-Pot
(rôle travesti également) a plus de succès auprès de la petite marchande
de fruits
Ciboulette.
Cette dernière se croit orpheline mais, après bien des péripéties qui
raillent les scènes de reconnaissance des mélodrames, elle s’avère être
la fille de
Melle Poiretapée
et du major
Raflafla.
Le livret, qui joue beaucoup sur le langage pittoresque du peuple, et où
l’on ne cesse de tomber dans la fontaine, offrait de bonnes situations
au compositeur. Quarante-deux ans avant la Louise de Charpentier,
cette œuvre reproduit très efficacement, dans la grande scène d’entrée,
les cris de Paris et de ses marchandes au carreau des Halles.
Mieux que Lecocq ou Reynaldo Hahn, Offenbach sait comment restituer la
confusion pittoresque d’un marché. Il est vrai cependant que l’année
précédent la création
de
Mesdames de la Halle, Jean Georges Kastner
avait déjà publié Les Cris de Paris « grande symphonie humoristique »
conçue à partir du même matériau.
Les rôles des dames confiés à des hommes et celui
de
Croûte-au-Pot à une femme ajoutent au caractère farfelu de l’ouvrage.
La partition contient une valse chantée de
Ciboulette, délicieuse et brillante, les
couplets du cuisinier Croûte-au-Pot,
et ceux, très célèbres, du Tambour-major.
Enfin le Septuor burlesque est l’un des autres sommets d’une partition
qui est vantée par tous les critiques.
Lovy écrit :
« […]
Cette musique est à la fois brillante et pathétique, plaisante et
sévère, burlesque et sublime ; elle rit et pleure, elle danse, elle
gémit, elle trépigne, elle bat la grosse caisse, elle vous arrache des
larmes, elle vous déchire l’âme, elle vous désopile, elle vous fascine,
elle vous remue les entrailles, elle vous magnétise, elle vous plonge
dans l’extase, en un mot elle est épatante (style local).
(Textes
tirés de deux excellents ouvrages sur la vie et l'oeuvre d'Offenbach :
"Offenbach" par Robert Pourvoyeur - Editions du Seuil et "Jacques
Offenbach" par Jean-Claude Yon aux éditions
Gallimard nrf ). |