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Le
ton est donné‚ dés la première didascalie :
«La scène se passe dans
l'Île de Tulipatan, à 2500 kilomètres de Nanterre, quatre cent
soixante-treize ans avant l'invention des crachoirs hygiéniques.
». Octogène Romboïdal est le grand sénéchal de Cacatois XXII, le
très autoritaire souverain de l’île. Avec son épouse Théodorine,
il se désole que leur fille Hermosa soit si peu féminine.
Romboïdal reçoit la visite de Cacatois et de son fils, le
peu viril prince Alexis. Mais, voilà qu'Hermosa s'avise de
pousser Alexis à la demander en mariage !
Pour empêcher cela, Théodorine
est bien obligée d'avouer à sa « fille » qu'il est un fils
- sa mère a voulu le soustraire au service militaire. Pour les
mêmes raisons, Romboïdal explique à sa «fille » qu'Alexis est
une fille, qu'il a déclarée à l'époque comme garçon à l'état
civil pour ne pas décourager son auguste maître, privé
d'héritier mâle. Mais Alexis qui a entendu cette dernière
confidence, court enfiler une robe, et épouse le fringant
officier qu'Hermosa est devenue.
L'Île
de Tulipatan (1868) est, un grand succès, mérité‚ pour cet acte
dont le livret, tout à fait amusant - une vraie comédie des
erreurs, est pourvu d'une musique parfaitement adaptée au
sujet. Ici, rien n'est appuyé. Chivot et Tréfeu sont parvenus à
traiter sur le mode bouffe une donnée scabreuse et toute leur
pièce baigne dans un non-sens réjouissant. Quelle élégance dans
le scabreux !
Les courtisans de Cacatois
quittent-ils, par exemple, la scène en chantant ? Le souverain
leur fait changer de refrain car « pour un chœur de sortie
[celui-ci] a bien plus de mordant » (scène IV) La musique
virevoltante est d'une inventivité‚ stupéfiante ; on passe
constamment d'un registre à l'autre.
Tout serait à citer, de l'air
carré et bruyant d'Hermosa, à la romance du colibri soupirée par
Alexis; des couplets du canard (de journal) tout cancanants au
grand duo avec sa citation de La Juive ou à l'énorme et
bouffonne barcarolle au rythme irrésistible.
En 1864 la ville de
Masulipatan, sur la côte orientale de l'Inde fut démolie par un
cyclone et des inondations, avec la perte de 30.000 vies
humaines. La presse française en parla beaucoup, et, si ce n'est
l'événement, du moins le nom de la ville inspira les
librettistes d'Offenbach.
Chivot et Duru déposèrent quatre ans plus tard à
la Censure un livret pour une "opérette" intitulée : "L'île de
Pertulipatan." L'opérette devint "opéra-bouffe," l'île
perdit ses trois premières lettres, et l’œuvre fut jouée aux
"Bouffes Parisiens" le 30 septembre 1868. Elle a été jouée la
même année à Bruxelles, et l'année suivante à Berlin et Vienne.
(Antonio de Almeida
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