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L'Île de Tulipatan - Musique Jacques Offenbach Paroles : Henri Chivot et  Alfred Duru

Le ton est donné‚ dés la première didascalie :

«La scène se passe dans l'Île de Tulipatan, à 2500 kilomètres de Nanterre, quatre cent soixante-treize ans avant l'invention des crachoirs hygiéniques. ». Octogène Romboïdal est le grand sénéchal de Cacatois XXII, le très autoritaire souverain de l’île. Avec son épouse Théodorine, il se désole que leur fille Hermosa soit si peu féminine. Romboïdal  reçoit la visite de Cacatois et de son fils, le peu viril prince Alexis. Mais, voilà qu'Hermosa s'avise de pousser Alexis à la demander en mariage !

Pour empêcher cela, Théodorine est bien obligée d'avouer à sa «  fille » qu'il est un fils - sa mère a voulu le soustraire au service militaire. Pour les mêmes raisons, Romboïdal explique à sa «fille » qu'Alexis est une fille, qu'il a déclarée à l'époque comme garçon à l'état civil pour ne pas décourager son auguste maître, privé d'héritier mâle. Mais Alexis qui a entendu cette dernière confidence, court enfiler une robe, et épouse le fringant officier qu'Hermosa est devenue.

L'Île de Tulipatan (1868) est, un grand succès, mérité‚ pour cet acte dont le livret, tout à fait amusant - une vraie comédie des erreurs, est pourvu d'une musique parfaitement adaptée au sujet. Ici, rien n'est appuyé. Chivot et Tréfeu sont parvenus à traiter sur le mode bouffe une donnée scabreuse et toute leur pièce baigne dans un non-sens réjouissant. Quelle élégance dans le scabreux !

Les courtisans de Cacatois quittent-ils, par exemple, la scène en chantant ? Le souverain leur fait changer de refrain car « pour un chœur de sortie [celui-ci] a bien plus de mordant » (scène IV) La musique virevoltante est d'une inventivité‚ stupéfiante ; on passe constamment d'un registre à l'autre.
Tout serait à citer, de l'air carré et bruyant d'Hermosa, à la romance du colibri soupirée par Alexis; des couplets du canard (de journal) tout cancanants au grand duo avec sa citation de La Juive ou à l'énorme et bouffonne barcarolle au rythme irrésistible.

En 1864 la ville de Masulipatan, sur la côte orientale de l'Inde fut démolie par un cyclone et des inondations, avec la perte de 30.000 vies humaines. La presse française en parla beaucoup, et, si ce n'est l'événement, du moins le nom de la ville inspira les librettistes d'Offenbach.

Chivot et Duru déposèrent quatre ans plus tard à la Censure un livret pour une "opérette" intitulée :  "L'île de Pertulipatan."  L'opérette devint "opéra-bouffe," l'île perdit ses trois premières lettres, et l’œuvre fut jouée aux "Bouffes Parisiens" le 30 septembre 1868. Elle a été jouée la même année à Bruxelles, et l'année suivante à Berlin et Vienne. (Antonio de Almeida